le-scandale-du-prix-des-medicaments

Très intéressant reportage que celui réalisé par France 3 dans sa nouvelle émission : « Pièces à conviction » avec comme question : « Pourquoi les médicaments sont ils plus chers en France que dans les pays voisins, aggravant dès lors le trou déjà béant du déficit de la sécurité sociale ? »

Le trou de la sécurité sociale est évalué à 158 milliards d’euros. La France est le plus gros consommateur de médicaments d’Europe.

Prenons l’exemple du PLAVIX :  un des médicaments les plus vendus, fabriqué par SANOFI, qui est un anti-coagulant ayant pour mission de fluidifier le sang. : la même boite-pour un mois- coûte 37€ en France, 18 € en Italie. C’est le médicament qui coûte le plus cher à la CGSS.

Principale solution pour faire reculer le déficit de la CGSS : faire baisser le prix des médicaments. Pourquoi ne pas prendre exemple sur nos voisins ? 1, 5 milliard d’euros d’économies pourrait alors être rapidement réalisé.

Serge RADER est un ancien pharmacien. Il a comparé médicament par médicament les prix pratiqués en France et en Italie et estime qu’on pourrait économiser 10 milliards en 3 ans.

Claudio Jommi (Italien) dans son enquête remarque que dans 72 % des cas les prix des médicaments italiens sont inférieurs à ceux des français.  Depuis 2006, l’Italie s’est attachée à réduire ses dépenses de santé. Ainsi, ont-ils forcé les laboratoires à baisser leurs prix, parvenant ainsi à maîtriser leurs dépenses de santé.

Le LUCENTIS-1e dépense médicamenteuse en France- traite la DLMA (atteinte oculaire) dont 800 000 français sont atteints. Cela coûte 389 millions d’euros à la CGSS. Une injection coûte 895€. Avant 2012, on injectait de l’AVASTIN à 25€ l’injection…. Estimé aussi efficace que le LUCENTIS dans plusieurs études. Il y a un an, la Direction Générale de la Santé a interdit l’utilisation de l’AVASTIN

« car ce médicament ne dispose pas de l’autorisation de mise en vente sur le marché »(AMVM)

Pourtant quelques années auparavant, c’est le ministère lui-même qui avait commandité l’étude …

Contact est pris avec le ministère pour tenter de comprendre sa décision d’interdiction. Celui-ci refuse toute interview. En fait, si le laboratoire ROCHE-qui fabrique l’AVASTIN- n’a jamais demandé d’autorisation de mise en vente sur le marché, c’est car elle s’en sert déjà dans le traitement du cancer, mais surtout car NOVARTIS fabricant du LUCENTIS est à 33 % actionnaire chez ROCHE… Si le LUCENTIS se voyait remplacé, il y aurait 380 millions d’euros d’économies/an  pour la CGSS…

Le CRESTOR -3e plus fort coût pour la CGSS- est utilisé pour faire baisser le taux de cholestérol. Il est considéré par les médecins et autres spécialistes de la même efficacité que les autres statines (Zocor, Elisor, Talor). Il coûte 338 millions d’euros/an à la collectivité. Après enquête, on constate que s’il est autant prescrit par les médecins français, c’est parce que ceux-ci y sont largement encouragés. Beaucoup de chercheurs et spécialistes travaillent en fait pour les gros laboratoires car l’Etat n’a pas l’argent nécessaire pour financer des études. D’où leur manque d’objectivité. Le CRESTOR est pourtant peu prescrit à l’étranger…

En fait, il faudrait comme en Allemagne passer aux génériques.

La « Haute Autorité de Santé » se réunit deux fois par mois, pour évaluer l’efficacité des médicaments. En fait, elle admet près de 9 médicaments nouveaux sur 10 car elle y est contrainte par la Loi. En effet, si elle émettait un avis défavorable, la firme pharmaceutique parlerait d’injustice par rapport aux autres.

Par ailleurs, le médecin prescripteur attend du médicament plus d’efficacité que l’ancien : c’est le rôle des visiteurs médicaux-épaulés par l’argumentation des labos- de convaincre le médecin que même s’il est le plus souvent plus cher, il produit de meilleurs résultats. Il est dès lors plus souvent prescrit.

Les génériques ont déjà permis une économie de 13 milliards d’euros à la sécurité sociale.

(dont 2 milliards en 2012) Pourtant, ils font souvent l’objet de dénigrement comme une récente affaire judiciaire l’a prouvé (affaire PLAVIX : 13€ plus cher que le générique) via les visiteurs médicaux. Ainsi SANOFI a été condamné en 2013 à une amende de 40 millions d’euros.

Aux Pays Bas, le système de santé est privatisé. Les frais médicaux sont directement et systématiquement soustraits sur la fiche de paie. (en moyenne 110€/mois). Les pharmacies sont basiques. Il n’ y a pas d’ordonnance tout est informatisé. Le pharmacien reçoit directement la prescription du médecin et on doit se soigner à l’aide du générique imposé. Ce sont les mutuelles privées qui assurent les choix opportuns. Un « appel d’offres » est lancé et la mutuelle choisit le moins cher. Les autres seront forcément moins prescrit-puisque non remboursés- Les laboratoires veulent tous être pris et baissent ainsi énormément leurs prix pour être choisis et remboursés.

La SIMVASTATINE : La boite coûte 7€ en France, 0,50 centime d’euros aux Pays bas (soit 15 fois moins cher)

Selon le professeur EVEN -Président de l’Institut Necker-  » la France est un pays de cocagne pour les laboratoires » Il considère qu’un milliard d’euros d’économies/an pourrait être réalisé par l’utilisation des génériques. En fait, c’est une commission- influencée par les labos- qui décide de la fixation des prix. Le CEPF est censé imposer une baisse des prix mais il a signé un accord avec les industries pharmaceutiques..(qui ont fait valoir le coût de leurs investissements et le « poids » salarial en cas de licenciements). En réalité l’industrie pharmaceutique a réalisé en 2012 un bénéfice de plus de 50 milliards d’euros …

La différence de prix est telle que des « petits malins » se sont engouffré dans la brèche en important des médicaments d’où ils sont moins chers. Ce sont les « traders » des médicaments.

Ils achètent à des grossistes (Tchécoslovaquie, Italie, Portugal, Norvège, Pays bas…) et revendent à des pharmacies françaises (en leur revendant 5% moins cher pour avoir le marché) après autorisation de mise en vente sur le marché. Les boites sont transformées par un simple changement de conditionnement, une notice en français…et le tour est joué. Ces médicaments achetés moins chers coûtent automatiquement moins chers en remboursement à la CGSS qui du coup ferme les yeux…  La dépense médicale représente en effet 16 % des dépenses des l’Etat. A noter que la France est au 4e rang mondial au niveau des recettes et emploie plus de 120 000 personnes…

Pourtant, Bernard DEBRE proteste :  » Ce n’est pas aux médicaments de faciliter l’emploi.  Quand les médicaments n’apportent rien de plus, il faut dé-rembourser »

Selon le professeur de LORGERIL-chercheur au CNRS- « les politiques sont trop dépendants des labos. La France est un pays de rêve pour ces derniers… C’est catastrophique pour la CGSS et on nous dit aujourd’hui que celle-ci engrange un déficit abyssal… »

L’industrie -tout en engrangeant de larges bénéfices a pourtant licencié 2000 salariés en France en 2012.

Aujourd’hui, la consommation de génériques en France se limite à une boite sur 4 seulement…