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AOUT 2014

Nous savons tous que les finances de la France sont en grande difficulté sans doute parce que nous avons un système social à l’avant garde des pays européens. Il semble toutefois que ce système social soit insuffisant et mal réparti entre les différentes branches de la sécurité sociale.

En effet, l’argent consacré par l’Etat et les Départements au financement des maisons de retraite publiques et de la dépendance est bien loin de suivre les besoins qu’il faudrait y consacrer compte tenu d’une espérance de vie en forte progression et d’une dépendance en constante augmentation.

Alors que le tarif moyen d’accès s’élève à 1.800 € minimum à la charge du client-ce qui rend déjà l’accès à ces maisons de retraite inaccessible à 90 % d’entre nous- l’Etat, les départements et les communes se désengagent de plus en plus financièrement des dernières maisons de retraite publiques en activité.

C’est une aubaine pour le privé et en particulier les grands groupes qui s’empressent de les racheter en grand nombre. C’est que pour eux, il s’agit d’une affaire juteuse… Il y a « de l’argent à se faire » en rentabilisant au maximum ces structures d’avenir vu l’augmentation constante de l’espérance de vie, à la grande satisfaction des actionnaires.

Les conséquences en sont désastreuses pour les résidents :

augmentation de leur coût d’hébergement, réduction drastique du personnel et donc de la qualité des soins et de l’accompagnement, construction de préfabriqués pour réduire toujours plus les frais de fonctionnement, etc…

Au point qu’aujourd’hui, le résident est presque`mieux accompagné – par un personnel soignant moins stressé par des contraintes de rentabilité – dans le public que dans le privé. Ce qui est tout de même un comble quand on sait que le coût d’accès aux structures privées peut s’élever jusqu’à 6.000€ mensuels.

Un accès aux maisons de retraite se limitant de plus en plus à des gens fortunés, une qualité d’accompagnement et de soins au quotidien en nette régression, voilà ce qui nous attend dans nos vieux jours… d’autant qu’on ne voit plus émerger de terre – à la Réunion comme ailleurs – des structures publiques d’accueil : tout est « confié » financièrement au privé : l’existant comme les objectifs de construction.

Et n’oublions jamais que ce qui est dépensé par la collectivité quand nous confions nos « vieux » à ces structures sera défalqué dans la mesure du possible sur l’héritage des enfants au décès de ceux-ci à la grande surprise des intéressés… D’où tout « l’intérêt » pour ceux-ci, surtout s’ils appartiennent à la classe moyenne de garder leurs « vieux » avec eux dans leur logement.

Alors, quelles solutions nous reste t’il ?  L’hébergement en famille d’accueil, s’il est plus familial et donc plus convivial reste coûteux-même si celui-ci est moindre- autant pour la collectivité que pour l’intéressé …

D’où le maintien à domicile prôné par ceux qui nous dirigent. Si celui-ci est plébiscité par les personnes âgées elles-mêmes, il n’en est pas moins source de difficultés.

En effet, très rapidement, nos « vieux » ont besoin d’être accompagnés dans leurs besoins quotidiens : ménage, cuisine, vaisselle, courses … On fait alors appel à des « auxiliaires de vie », moins coûteuses que des structures en bonne et due forme. (Même si on sait mieux que quiconque à la Réunion, ce qu’il est advenu au personnel de l’ARAST…).

Celles-ci font de leur mieux malgré un travail de plus stressant compte tenu de la pression « d’efficacité » et de « rentabilité » exercée par leurs employeurs qui les soumet souvent à un rythme trépidant qui ne peut que se traduire par une dégradation de la qualité de l’accompagnement au détriment des personnes âgées, encore une fois.

Au niveau de l’accompagnement affectif, rien est bien-sûr prévu et ne le sera jamais d’ailleurs, l’accompagnement institutionnel se limitant aux soins et aux besoins primaires. On oublie dès lors la grande solitude vécue de plus en plus douloureusement par nos Anciens au fur et à mesure de leur entrée dans la dépendance et de l’approche de leur fin de vie.

Notre association  » Respa-seul » est à ce niveau de plus en plus sollicitée par des personnes âgées en souffrance qui nous font régulièrement des « appels au secours » nous implorant au téléphone de leur « trouver » quelqu’un pour leur rendre une petite visite hebdomadaire ou leur proposer une petite sortie pour échapper aux 4 murs qui constituent leur quotidien avec la radio et la TV en continu comme seule alternative.

La dépression, l’incapacité à dormir, et même les tentatives de suicide,  comme le refuge dans l’alcool -notamment chez les hommes-en sont les conséquences inéluctables ce qui n’est pas à l’honneur de notre société, élus comme famille confondus.

Effectivement, et si on parlait un peu de la responsabilité des familles et donc des enfants de ces vieux … Certes le vieillissement constant (et donc la perte des capacités progressives de leurs capacités…), l’éloignement (dû à la nécessité fréquente de « sauter la mer » pour trouver du travail …), le caractère (qui va rarement en s’améliorant avec l’âge…), les exigences du vieux (qui vont en s’intensifiant avec les années…

Ne dit-on pas qu’on retombe en enfance avec l’âge ?) n’encouragent pas à « le garder à la maison » d’autant que les logements sont de plus en plus coûteux et exigus. …

Les familles ne pourraient-elles pas pourtant-comme on le faisait par le passé- prévoir une petite pièce supplémentaire chez elles pour y héberger leurs parents ? Ceux-ci ne se sont -ils pas occupés voire sacrifiés pour eux toute leur jeunesse et souvent bien au delà ?

Ne méritent-ils pas à leur tour d’être « chouchoutés » ?

A défaut, les enfants ne peuvent-ils pas se relayer auprès de leur parent pour leur apporter soin, écoute  et affection ?

Respa-seul constate tristement-alors que nous étions tous fiers à la Réunion de ne pas  avoir laissé nos parents seuls et abandonnés lors des grandes sècheresses récentes en Métropole- que de plus en plus les « vieux » sont délaissés, abandonnés à leur solitude.

L’association a même un mal fou à trouver des « bénévoles » sérieux et assidus pour une simple visite hebdomadaire à un « vieux » de leur ville …. ou pour leur apporter un éclair de joie grâce à un accompagnement en voiture lors d’une sortie « pique nique » pour leur permettre d’enfin communiquer avec leurs semblables.

Etat, Département, Communes et familles doivent donc se ressaisir rapidement si on ne veut pas que la situation se dégrade à vitesse grand V au plus grand désespoir de nos Anciens.

Association « Respa-seul »
Tel 0262 58 25 81